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L’écriture dans les programmes scolaires : quelle place réelle pour la production d’écrits ?

L’écriture dans les programmes scolaires français : quelle place réelle pour la production d’écrits ?

À l’école, les enfants écrivent beaucoup. Mais ont-ils réellement suffisamment d’occasions de produire leurs propres textes ? Entre les programmes scolaires et les pratiques observées dans les classes, la réponse mérite d’être nuancée. Nous avons lu le rapport de l’IGESR (L’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche) sur le sujet. 

Cahier du jour, exercices, dictées, réponses aux questions, leçons à recopier… L’écriture accompagne toute la scolarité d’un enfant. Pourtant, écrire ne signifie pas seulement tracer des lettres ou restituer une réponse attendue. Écrire, c’est aussi chercher ses mots, organiser sa pensée, raconter, expliquer, argumenter, imaginer. C’est devenir, peu à peu, auteur de son propre texte, comme l’écrit qui sera produit pour notre concours de la Semaine de l’écriture !

Et cette production d’écrits occupe une place bien réelle dans les programmes scolaires français.

 

Produire des écrits dès les premières années

L’apprentissage commence très tôt. Dès l’école maternelle, les enfants découvrent progressivement que ce qu’ils disent peut devenir un texte, notamment grâce à la dictée à l’adulte.
Au cycle 2, du CP au CE2, l’écriture constitue l’un des grands domaines de l’enseignement du français. Les élèves apprennent bien sûr le geste d’écriture et la copie, mais ils doivent également produire leurs propres écrits : rédiger une phrase, poser une question, compléter ou inventer une partie de texte, puis progressivement produire un texte entier.
Les ressources officielles précisent que les élèves doivent être confrontés à différents genres de textes et apprendre à trouver et organiser leurs idées, construire des phrases et les enchaîner de manière cohérente. Autrement dit, dès l’école élémentaire, apprendre à écrire ne consiste plus seulement à savoir « bien écrire ». Il s’agit déjà d’apprendre à dire quelque chose par écrit.

Au cycle 3, écrire pour raconter… mais aussi pour penser

Au CM1, au CM2 et en 6e, cette place se renforce encore.
Le programme actuel du cycle 3 fixe notamment trois objectifs : écrire à la main de manière fluide et efficace, écrire pour réfléchir, apprendre et mémoriser, et produire des écrits variés dans toutes les disciplines.
L’écriture n’est donc pas réservée au cours de français.
On peut écrire pour imaginer la suite d’un récit, mais aussi pour expliquer une expérience scientifique, formuler une hypothèse, préparer un débat, résumer ce que l’on vient d’apprendre ou défendre un point de vue.
Les recommandations officielles insistent d’ailleurs sur la fréquence des situations d’écriture : au cycle 3, les élèves doivent écrire régulièrement, y compris sous forme d’écrits courts, sans attendre de maîtriser parfaitement l’orthographe ou la grammaire.
Sur le papier, donc, la place accordée à la production d’écrits est importante.
Mais qu’en est-il réellement dans les classes ?

Des écrits courts bien installés

En 2023, l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) a publié une vaste étude consacrée à l’enseignement de la production d’écrits à l’école primaire.

La mission s’est notamment intéressée aux pratiques observées en CE2, dernière année du cycle 2, afin de mesurer la manière dont les élèves apprennent effectivement à produire des textes.
Premier constat encourageant : les écrits courts ont trouvé leur place dans de nombreuses classes.
Les « joggings d’écriture », petits rituels permettant de produire quelques lignes à partir d’une consigne, sont par exemple largement utilisés. Leur format est facile à intégrer au quotidien et permet aux enfants d’écrire souvent, sans transformer chaque production en exercice long et lourdement corrigé.
Quelques minutes pour inventer une phrase, décrire une situation, imaginer une suite ou exprimer un avis : ces petits rendez-vous réguliers avec l’écriture sont précieux.

Mais beaucoup moins d’écrits longs

La situation devient plus contrastée lorsqu’on observe les textes plus développés.

Selon le rapport de l’IGÉSR, la fréquence des écrits longs varie beaucoup d’une classe à l’autre. Et surtout, dans 25 % des classes observées, les élèves ne sont jamais confrontés à la rédaction d’un écrit long.
Or passer de quelques phrases à un texte construit constitue un apprentissage en soi.
Il faut apprendre à trouver plusieurs idées, les organiser, choisir ce que l’on veut raconter, maintenir un fil, penser au lecteur, relire, modifier, parfois supprimer et recommencer. C’est précisément cette expérience qui permet peu à peu à l’enfant de comprendre que l’écriture n’est pas seulement une succession de phrases correctes : un texte se construit.

Écrire davantage… mais surtout écrire pour quelqu’un

Le rapport relève aussi un élément essentiel : les écrits longs sont souvent associés à des projets qui leur donnent une véritable destination. Création d’un journal ou d’un livre, participation à un concours, texte destiné à d’autres lecteurs…Ce n’est probablement pas un hasard. On n’écrit pas de la même manière lorsqu’un texte doit uniquement être rendu à l’enseignant et lorsqu’on sait qu’il sera lu par quelqu’un.

Donner un destinataire aux productions change le regard porté sur l’écriture. Pourquoi choisir ce mot ? Est-ce que mon lecteur va comprendre ? Comment lui donner envie de continuer ? Que veux-je lui faire ressentir ou découvrir ? L’enfant ne remplit plus seulement une consigne : il prend la parole par écrit.

Redonner du temps et du sens à l’écriture

La production d’écrits occupe donc une place importante dans les programmes scolaires français. Les textes officiels encouragent une pratique régulière, variée, présente dans toutes les disciplines.
La réalité est plus nuancée. Les pratiques d’écrits courts progressent, mais produire des textes plus construits reste moins fréquent et demande du temps, de l’accompagnement et des situations pédagogiques adaptées.
L’enjeu n’est peut-être pas seulement de faire écrire davantage.
Il est aussi de multiplier les occasions d’écrire pour raconter, transmettre, expliquer, convaincre, émouvoir ou simplement partager quelque chose avec quelqu’un.

C’est également tout le sens de La Semaine de l’écriture : rappeler qu’au-delà de l’exercice scolaire, quelques lignes écrites à la main par un enfant peuvent devenir une histoire, un message, une émotion… et rencontrer un lecteur. 
Comment vont-ils parler du respect ? Nous avons hâte de lire leurs écrits manuscrits. 

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